(Incipit par Arthur Ténor)
Maudits savants! Si seulement un seul de ces apprentis sorciers m'avait écouté, nous n'en serions pas là aujourd'hui, il ne leur aurait pas échappé et ce cauchemard n'aurait jamais commencé.
"-Quinze ans! Quinze ans que je cherche cette statuette et ces idiots qui laissent s'échapper un tel spécimen!
-Calme toi Chris... soupira Mary
-Non je ne me calmerai pas!"
Je continuais à vociférer contre ma femme tandis que les évènements de la journée me revenaient en tête... Nous étions tous autour de la statuette, admirant le finesse de la sculpture. Elle représentait un Schinigamy, un démon japonais, redouté de ceux-ci. Les sculptures dans ce style étaient nombreuses mais celle-ci était particulière. Il se dégageait une aura sombre des traits réguliers de l'oeuvre d'art.
Mais soudain, un de ces savants amateurs avait fait tomber la représentation de la divinité dans un grand fracas de bois brisé. Un ehorrible silhouette s'était dessinée devant nous. J'avais poussé un cri d'effroi. Ce Schinigamy était... monstrueux. Il mesurait plus de deux mètres, des piques se dessaient sur sa tête à la mainière de cheveux d'un noir débène. En fait, tout en lui était noir: ses yeux, ses habits -si on peut appeler ainsi les lambeaux de vêtements qui le recouvraient- ses ongles,... Tout cela contrastait affreusement avec sa peau grisâtre, comme usée par le temps.
La créature s'était dirigée en direction de la fenêtre et, faisant crisser ses ongles sur le carreau, elle avait tracé le chiffre 15. Puis, s'était enfuie par la fenêtre ouverte. Je revins doucement à la réalité. Décidément les ennuis ne faisaient que commencer.
Je regardai ma femme. Je n'avais pas écouté un traître mot de son monologue. Je lui déclarait alors, passablement calmé:
"-Chérie, je fonce au laboratoire. Il faut découvrir la signification de ce "15".
-Tu devrais prendre un peu de repos... souffla Mary. Si tu laissais tes collègues s'en charger?
-Mary, des fois je me demande si tu es complètement sotte ou si tu le fais exprès, déclarai-je sur un ton froid et moqueur.
-Très bien. Alors la sotte va aller s'occuper de tes enfants, tandis que toi, tu vas aller jouer avec ta panoplie du parfait petit sorcier en compagnie de tes savants fous." se renfrogna aussitôt ma femme.
Je tournai les talons, entrai dan sma voiture et fonçai sur mon lieu de travail, peu soucieux des limitations de vitesse. Une fois arrivé je me présentai à la secrétaire et entrai dans mon laboratoire. Il était près de vingt et une heure, à cette heure je pensais être seul mais je distinguai la silhouette massive de Josh, mon collègue. Il n'était âgé que d'une vingtaine d'annés mais on lui donnait souvant beaucoup plus. Ce jeune homme arborait constamment un air fatiqué et était ridé prématurément. Des mèches de cheveux gris parsemaient sa chevelure brune. Mais ses yeux vifs reflétaient sa force de caractère. Il se tourna vers moi et je pus constater qu'il arborait un sourire énigmatique. Quand Josh souriait, de quelque manière que ce fut, on avait l'impression que la vie était d'une merveilleuse beauté. Il faisait parti de ces gens qui, d'un simple sourire, pouvaient rendre heureux tout leur entourage.
"-Je crois avoir découvert la signification du chiffre quinze, me dit-il.
-Je t'écoute, déclairai-je en fronçant les sourcils.
-Il y a une ancienne légende japonaise qui dit que si les quinze statuettes représentant les quinze démons de la mort sont réunis, alors l'ange suprême, celui que nous avons libéré, retournera à l'Olonaste, sa prison.
-Mais pourquoi nous a-t-il donné cet indice? demandai-je.
-Ca, je n'en ai aucune idée, me répondit-il.
-Mais une chose est sûre... commençai-je.
-Nous nous sommes lancés dans une chasse aux Schinigamys!" Nous étions nous écriés d'une même voix.
Un an c'était déroulé depuis ce soir là... Nous avions parcouru le monde entier, de la Chine à l'Ukraine, en passant pas Cuba. Nous avions eu affaire à toutes sortes de gens: des voleurs, dérobant la statuette récoltée avec tant de mal, ou encore des tranficants, nous vendant des copies. Enfin de compte, nous étions tous réunis dans notre laboratoire avec les quinze divinités.
Alors qu'un silence pesant envahissait la pièce, Josh déclara:
"Bien, selon la légende, après les voir réuni en cercle, nous devons nous placer chacun derrière une statuette en nous tenant la main."
Nous nous étions exécutés. Je me rappelais un de ces nombreux films de science fiction que j'adorais aller voir au cinéma. Un orage grondait derrière les fenêtres, le courant était coupé par la foudre, nos visages n'étaient éclairés que par le lueur tremblotante des bougies disséminées dans la pièce... cette situation inquiétante n'était pas sans rappeler les films d'horreur. La voix tremblante d'excitation de mon collègue retentit:
"Que ce démon, libéré par erreur retourne d'où il vient. Que les portes de l'Olonaste s'ouvrent et accueillent leur plus fidèle serviteur."
Une détonation claqua dans l'air et la voix puissante de l'Ange de la mort résonna:
"Que tous les démons m'entendent. Vengez-moi, mes amis, et accueillez dans vos bras le coeur le plus incertain de cette assemblée."
Tandis que la voix du monstre se faisait de plus en plus lointaine, je me sentis aspiré par les ténèbres. Les voix de mes collègues, tentant de me retenir, m'accompagaient dans ma chute en enfer. Une peur terrible me tirailla le ventre. Lorsque j'osai enfin ouvrir les yeux, un spectacle de désolation apparut devant moi. Ce Schinigamy ne m'avait pas emmené dans une prison... c'était un tombeau!



